Lien entre méditation et yoga

 « Quel est le lien entre méditation et yoga ? ».

Insuffisamment connu car souvent réduit à une simple pratique de postures, le yoga propose une approche cohérente et complexe de l’humain dont il vise l’accomplissement. Au long des siècles, son entraînement multifacette s’est protocolisé pour donner lieu à une discipline qui prend en charge la personne tout entière, sur un mode comportemental et cognitif. Ultimement porté et accompli, le yoga conduit à faire de la vie elle-même une méditation.

Voici les arguments qui le montrent :

Premier argument qui me vient à l’esprit : celui de la genèse des protocoles MBSR et MBCT : c’est parce qu’il pratique le yoga de longue date que J. Kabat-Zinn est en capacité de proposer des méthodes alternatives à ses patients et met à leur disposition postures, travail avec la respiration et méthode d’apprentissage de la posture métacognitive. Toutes pratiques connues de longue date ainsi qu’en témoigne les grands textes de l’Inde liés au yoga et au bouddhisme.

Les méthodes MBSR-MBCT proposent d’admirables avantages : démarche pédagogique limpide, explicitation moderne du fonctionnement mental et pratiques qui tiennent la route. Les personnes débutantes comprennent mille fois plus vite leur fonctionnement mental et c’est une grande chance. Néanmoins, le temps reste nécessaire pour intégrer et les pratiques et leurs bienfaits. Le yoga l’a indiqué dès les Yoga-Sutra de Patanjali (rédigés entre 4 siècles avant et 4 siècles après JC, selon ses différents exégètes).

Oui, le yoga, patrimoine immatériel de l’humanité, est une pratique exigeante, de haute valeur. cultivant l’être, depuis toujours..

Partant de la pratique corporelle :Delaunay - Rythme et joie de vivre

  • Les postures[1] : Le débutant va clairement à la rencontre de sensations nouvelles : cette pratique corporelle cherche la connaissance de soi. Comme toute discipline sérieuse, le yoga requiert un apprentissage. Pleine conscience assurée.
  •  L’enchaînement des postures : lier respiration et mouvement dans une respiration lente et régulière, lier les postures en élaguant tout mouvement parasite : concentration et développement de l’intéroception ("conscience de l'état interne de son corps. Elle nous renseigne sur les émotions, la douleur, la soif, la faim et la température corporelle » - Source : Wiktionnaire) , de la proprioception ("perception des sensations issues du corps qui renseignent sur l'attitude les mouvements, l'équilibre » source : Wiktionnaire) On sait le rôle que jouent l’intéroception et la proprioception dans l’attention aux sensations corporelles et dans la détection des signaux faibles précurseurs de la baisse de l’humeur, dans le cas de l’humeur morose, voire dépressive.
  • L’intéroception et la concentration : habiter le corps, vraiment. Respirer, se mouvoir « en conscience », plus de distance entre le corps, l’esprit et le mouvement. Cette unité se construit patiemment. Ce progrès, extérieurement visible pour le connaisseur, montre que le mental a progressé dans son auto-éducation. L’attention est devenue plus flexible, le corps n’est plus l’objet du seul vouloir. La personne augmente sa capacité de concentration, sa présence au présent. Le développement de la capacité d’intériorisation diminue l’emprise des distractions. L’esprit, même s’il reste encombré, devient capable de s’installer dans le temps des pratiques corporelles, dans un espace relativement dégagé.
  • Les techniques respiratoires : un immense outil de connaissance et de gouvernement de soi. Ce cadeau - austère, j’en conviens – requiert temps et persévérance pour être non pas dominé mais compris, mieux : intégré, dans le cadre des limites de chaque individu. C’est une pratique royale, difficile, confrontante. Mais quel progrès dans la méditation lorsque la respiration devient une présence, présente d’instant en instant, vécue avec un diaphragme puissant soutenant une force vitale vraie.
  • La méditation : après l’effort d’un corps connu de l’intérieur, maintenu en bon état, reconnu comme fiable ; après le développement de l’intéroception ; après celui de l’entraînement aux techniques respiratoires[2] ; après le raffinement de la capacité à se sentir vivant avec précision corps et esprit assemblés, concomitamment pratique formelle de méditation : l’assise.   Vingt-et-une façons de s’asseoir dans le yoga, pour méditer. Des milliers de propositions, la principale : le silence. A nouveau la confrontation avec le tumulte intérieur, assez pour creuser l’humanité de celui qui dit « je ». Et ce n’est qu’une étape.
  • L’accomplissement : la rencontre d’abord fortuite et inopinée avec cette ressource profonde, inaltérée et inaltérable joliment nommée par Romain Rolland, repris par Freud, le « sentiment océanique ». Cet enracinement est décrit comme stabilisé à un certain moment par les textes anciens lorsque la pratique a été « constante » et le détachement (des fruits de la pratique) avéré. Des descriptions multiples, des niveaux de profondeurs multiples, l’ego n’est plus envahissant. Le « vivre » l’a supplanté, fort heureusement. La liberté : « Rien à chercher, rien à trouver, tout est là » disait Lama Guendune, un grand lama de la lignée Kagyupa du bouddhisme tibétain. A un certain moment, il n’y a plus de distance entre le connaisseur et le connu.

Cependant, l’effort est nécessaire. La transformation et le gouvernement de soi ont ce prix : l’enthousiasme, l’ardeur, en tout cas ce qui donne l’énergie et la motivation vers cette discipline de soi.

Voilà, le plus succinctement possible, s’il est vrai que « ce qui se conçoit bien s’énonce clairement », quel est le lien du yoga avec la méditation.

Michèle Berteaux, 30 ans de pratique, 19 ans d’enseignement

 

 


 

 

 

 

 

[1] Codifiées, nommées, fidèlement transmises comme outils de travail sur soi

 

[2] Qui nécessairement musclent force mentale et capacité de concentration,